Quarante-quatre ans que la justice française fait la sourde oreille à la fameuse mention « lu et approuvé », et pourtant, impossible de signer un contrat sans qu’on vous la réclame, presque machinalement. L’absurdité est là : cette petite phrase, omniprésente en bas de page, n’a aucune force obligatoire, mais elle poursuit sa carrière sur la foi d’un automatisme tenace.
Écrire « lu et approuvé » sur un document, c’est surtout perpétuer une vieille routine administrative. Le droit, lui, se montre plus pragmatique : la validité d’un contrat ne dépend pas de cette formule. Les signatures suffisent. Pourtant, la présence de la mention continue d’être exigée, et parfois, ce détail superflu fait dérailler des accords ou engendre des contestations dont tout le monde se passerait volontiers.
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La mention « lu et approuvé » : entre tradition contractuelle et réalité juridique
Si la mention « lu et approuvé » s’invite toujours à la fin des contrats, c’est qu’elle rassure autant qu’elle ancre les pratiques dans le passé. Pourtant, le code civil ne demande qu’une chose : une signature, clairement apposée, pour valider un acte sous seing privé. Rien de plus, rien de moins. Les arrêts de la Cour de cassation, 27 janvier 1993, 30 octobre 2008, 17 janvier 2019, pour ne citer qu’eux, l’affirment sans ambages : la phrase en question ne change rien à la portée d’un acte.
La modification de la loi du 13 juillet 1980, en supprimant l’article 1326 du code civil, a d’ailleurs balayé l’obligation de toute mention manuscrite sauf cas très particuliers. Aujourd’hui, seule la signature, qu’elle soit tracée au stylo ou validée électroniquement, prouve l’engagement de la personne. Les articles 1367 et 1376 font exception pour deux actes : la reconnaissance de dette et le cautionnement, qui exigent encore une mention manuscrite précise, histoire d’éviter les surprises.
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Certains avancent que cette fameuse mention pourrait décourager les contestations. Mais les juges, eux, ne s’y trompent pas : ce qu’ils examinent, c’est la signature, pas la présence d’un « lu et approuvé » en marge. Les décisions judiciaires sont constantes et sans appel : cette formule n’a pas d’effet particulier, même si des professionnels continuent de la réclamer, par peur de manquer à une obligation ou pour donner un semblant de gravité à la démarche.
L’essor de la signature électronique ne fait qu’accentuer ce décalage. Le code civil accorde à la signature numérique la même valeur que l’autographe, à la seule condition qu’elle permette d’identifier la personne et d’assurer l’intégrité du document. Dans cet univers digitalisé, la case à cocher ou la validation électronique a remplacé le rituel manuscrit, et la mention « lu et approuvé » se vide un peu plus de sa substance.

Peut-on vraiment compter sur cette formule pour se protéger en cas de litige ?
La sécurité juridique ne tient pas à une phrase toute faite. Lorsqu’un différend surgit autour d’un contrat, ce qui compte, c’est la capacité à prouver le consentement et le respect des obligations. Le code civil ne reconnaît comme preuve tangible que la signature, qu’elle soit manuscrite ou numérique. La Cour de cassation a rappelé à maintes reprises que la mention « lu et approuvé » ne renforce en rien la validité d’un engagement.
Pourtant, la mention subsiste dans la pratique, souvent par souci de solennité ou crainte d’un imprévu. Mais la vraie garantie repose sur l’identification incontestable du signataire et la préservation du document. Plusieurs acteurs du numérique proposent aujourd’hui des solutions robustes pour répondre à ces exigences :
- Goodflag
- Oodrive Sign
Ces services de signature électronique assurent une traçabilité rigoureuse et un archivage fiable, des critères recherchés par les entreprises attentives à leur exposition au risque juridique.
Il existe toutefois des exceptions : pour la reconnaissance de dette ou le cautionnement, la loi continue d’exiger une mention manuscrite précise, comme le rappellent les articles 1376 et 2297 du code civil. Mais ailleurs, l’efficacité de « lu et approuvé » n’est plus qu’un réflexe. Même les contrats d’assurance de protection juridique immédiate, signés auprès de la MGEN, de la Macif ou d’AXA, n’utilisent pas cette mention comme critère dans leurs procédures. Et lorsque le dialogue tourne au bras de fer avec l’assureur, seul le Médiateur de l’Assurance tranche, la présence de la formule n’a jamais pesé dans la balance.
La mention « lu et approuvé » a beau s’accrocher en bas de page, son heure de gloire est passée. Entre le geste rassurant du passé et la réalité juridique d’aujourd’hui, c’est la signature qui fait foi. Le reste appartient au folklore administratif.

