Marché complémentaire : définition et fonctionnement expliqués en détail

Une option ne peut être imposée à un candidat dans un marché public, sauf dérogation motivée par l’acheteur. Certaines variantes sont interdites, même lorsqu’elles apportent une amélioration technique ou financière. Les prestations supplémentaires éventuelles (PSE) ne deviennent contractuelles qu’après acceptation expresse de l’acheteur, et leur intégration obéit à des règles strictes de procédure et d’évaluation.

L’absence de distinctions claires entre ces notions conduit régulièrement à des litiges ou à des contentieux coûteux, soulignant l’importance d’une compréhension précise des mécanismes qui encadrent ces dispositifs.

Comprendre le marché complémentaire dans les marchés publics : définition et enjeux

Le marché complémentaire occupe une place à part dans l’univers des marchés publics. Il s’agit d’un contrat conclu sans publicité ni mise en concurrence, exclusivement avec le titulaire du marché initial. Cette procédure dérogatoire, strictement balisée par le code des marchés publics, ne doit pas être confondue avec un simple avenant. Le marché complémentaire constitue un nouveau contrat à part entière, distinct du marché principal, et peut comporter des clauses différentes.

On n’a recours à ce type de marché que lorsque survient une circonstance imprévue après la signature du marché principal, un événement impossible à prévoir lors de la passation initiale. Il ne s’agit donc pas de rattraper une mauvaise anticipation des besoins, mais bien d’assurer la continuité de prestations techniquement ou économiquement indissociables du marché initial, ou strictement nécessaires à son achèvement.

Voici les situations où le marché complémentaire trouve sa place :

  • Prestations techniques ou économiques inséparables du marché principal
  • Nécessité de solliciter le même opérateur pour bénéficier de son savoir-faire ou éviter un surcoût engendré par un changement d’attributaire
  • Renouvellement ou extension d’installations existantes pour les fournitures, si l’intervention d’un nouveau prestataire n’est pas envisageable

Le pouvoir adjudicateur ne doit activer cette procédure qu’en dernier recours, lorsque le contrat initial ne peut tout simplement plus répondre au besoin. La différence avec l’avenant reste nette : l’avenant modifie un contrat existant, le marché complémentaire crée une relation contractuelle nouvelle, taillée pour l’urgence ou l’imprévu. On peut voir le marché complémentaire comme un levier de souplesse, à manier avec discernement, pour garantir la continuité de l’action publique sans troubler le jeu de la concurrence.

Options, variantes, PSE : quelles différences et quels choix pour les acheteurs ?

Ne confondez pas marché complémentaire avec options, variantes ou prestations supplémentaires éventuelles (PSE). Ces dispositifs, intégrés dès le lancement de la consultation, élargissent l’éventail des solutions pour l’acheteur public. Mais leur logique diffère radicalement de celle d’un contrat passé en cours d’exécution.

Les options sont prévues dans le dossier initial. Elles permettent à l’acheteur de commander des prestations complémentaires envisagées d’avance, sans relancer toute la procédure. Tout est cadré dans le cahier des charges, aucune surprise. Les variantes ouvrent, elles, la porte à des alternatives : le candidat propose une méthode différente ou un matériau innovant, à condition d’y être invité. L’acheteur garde la main, tout en stimulant la créativité et le jeu concurrentiel.

Les PSE ciblent des besoins susceptibles d’apparaître en cours d’analyse des offres. L’acheteur demande aux candidats de chiffrer des prestations additionnelles, qu’il pourra décider de retenir ou non. Cette logique n’a rien à voir avec le marché complémentaire, réservé à l’imprévu survenu après la signature du marché principal.

Le tableau suivant permet d’y voir plus clair sur la temporalité et la flexibilité de chaque outil :

Notion Moment de la décision Souplesse pour l’acheteur
Option Avant signature Prévue dès la consultation
Variante Avant signature Alternative technique ou économique
PSE Avant signature Activation facultative
Marché complémentaire Après signature Circonstance imprévue

Le choix entre ces dispositifs s’inscrit dans une stratégie d’achat mûrement réfléchie. Il s’agit d’anticiper l’évolution des besoins et de structurer le marché public pour limiter le recours à un marché complémentaire, qui doit rester l’exception absolue.

Procédures à connaître pour intégrer des prestations supplémentaires dans un contrat public

L’ajout de prestations supplémentaires dans un marché public requiert méthode et rigueur. Le marché complémentaire devient incontournable si une circonstance imprévue rend nécessaire l’ajout de travaux, fournitures ou services, indissociables du contrat initial. Le pouvoir adjudicateur négocie alors directement avec le titulaire du marché initial, sans publicité ni mise en concurrence, dans un cadre strict. Il ne s’agit jamais de rattraper une estimation défaillante des besoins initiaux.

Les étapes clés

Pour bien intégrer ces prestations, il convient de respecter les démarches suivantes :

  • Rédiger un rapport de présentation qui justifie le recours à la procédure et décrit la nature imprévisible de la prestation.
  • Vérifier que le montant du marché complémentaire reste dans les seuils fixés par le code des marchés publics : écrit obligatoire à partir de 15 000 euros HT, transmission au préfet dès 207 000 euros HT pour les collectivités.
  • Dans le cas des fournitures, limiter la durée à trois ans et s’assurer que le plafond n’est pas dépassé (sauf exceptions après appel d’offres publié au JOUE).
  • Publier un avis d’attribution au JOUE si le seuil communautaire est atteint, en joignant le rapport justificatif.
  • S’assurer du respect des obligations fiscales et sociales du cocontractant, conformément au code du travail.

L’autorité compétente varie selon la nature de l’acheteur public et le montant du marché : autorité administrative, exécutif, ou commission d’appel d’offres. Un marché complémentaire signé pendant ou après l’exécution du marché initial génère un contrat autonome, avec ses propres clauses et échéances, à bien distinguer de l’avenant, qui reste une modification du contrat principal.

Groupe de trois personnes discutant au café en extérieur

Impacts concrets des options et variantes sur la gestion et la réussite d’un marché public

Piloter un marché public, c’est bien plus que suivre un cahier des charges à la lettre. Les options et variantes donnent de l’agilité à la commande publique et aident à faire face aux imprévus, tout en respectant le cadre réglementaire.

Pour les travaux et services, la règle est claire : le montant total des marchés complémentaires ne doit jamais dépasser 50 % du marché initial, avenants compris. Ce plafond protège l’acheteur public contre les dérapages budgétaires. Pour les fournitures, la limite est fixée à 134 000 euros HT pour l’État et 207 000 euros HT pour les collectivités, sauf en cas d’appel d’offres publié au JOUE.

La commande publique gagne ainsi en réactivité face aux imprévus, tout en préservant la transparence et le contrôle des dépenses. Prenons un exemple concret : lorsqu’il s’agit de renouveler partiellement ou d’étendre des installations existantes, passer par un marché complémentaire peut s’imposer si changer de fournisseur expose à des incompatibilités techniques ou à des surcoûts manifestement injustifiés. Bien encadrées, options et variantes permettent d’ajuster le marché en cours d’exécution, sans fausser la concurrence initiale.

Voici ce qu’il faut retenir sur la place de chaque dispositif :

  • Marché complémentaire : solution dédiée à une nécessité technique ou économique survenue après coup.
  • Option : possibilité anticipée, à activer selon la tournure du projet.
  • Variante : alternative proposée dès la consultation, pour encourager l’innovation ou ajuster le prix.

La réussite d’un marché public repose sur cet équilibre subtil entre anticipation contractuelle et capacité d’adaptation. Chaque décision façonne le résultat, engage l’acheteur sur la qualité de la prestation comme sur la gestion des deniers publics. La vigilance n’est pas un luxe, mais une nécessité, quand la moindre faille peut se transformer en contentieux retentissant.